dimanche, mars 22, 2009

CHAPITRE IV

Du fond de son large fauteuil en bois massif, celui que ses sbires appelaient, dans son dos, "son trône", Strago repensait à cette prometteuse jeune femme: Miranda.


Cet homme habitué au commandement savait juger du caractère et deviner les motivations de chacune des personnes, hommes ou femmes, sous ses ordres. Ce talent lui était même indispensable dans son métier. Car bien que n'étant ni maigre, ni faible, ce n'est pas par la force de ses muscles, ni par traîtrise qu'il se retrouva où il est, mais par sa faculté d'utiliser les motivations de chaque personne dans le sens de ses intérêts personnels.


Son idée sur Miranda n'avait été ni plus facile ni plus longue que pour les autres. Il l'a connaissait depuis qu'elle avait fait ses premières armes, très jeune. Depuis le temps, il avait noté chez elle un sens inné pour flairer les bonnes affaires, ce qui lui avait d'ailleurs personnellement servi en maintes occasions. En ce sens, elle lui ressemblait un peu. Cependant, il lui arrivait trop souvent à son goût de voir trop grand. La vie, Strago le savais bien, était faites de petites actions prenant place dans le présent. En influençant le présent, on peut parfois influencer les évènements futurs, mais jamais rapidement, jamais drastiquement. La patience, la modestie et la tempérance font parti des qualités essentielles pour réussir dans ce métier. Selon lui, Miranda manquait de ces qualités.


Trois jours maintenant qu'elle est partie. Même si, en soit, cela n'a rien d'extraordinaire – chacun a son propre chemin – il aurait bien aimé connaître tous les détails de ce départ précipité. Bien sûr, il savait depuis longtemps que la petite surveillait les allées et venue d'Arthémis (quel prétentieux celui-là!). Il savait aussi que ce dernier était parti précipitamment, et que la petite avait décidé de le suivre à son insu. Toutefois, le but précis de ce voyage était encore une inconnue de l'équation. De toute façon, il y avait peu de secret dans les aventures d'Arthémis; toujours des histoires de trésors, de contrées lointaines et de légendes qui deviennent soudainement très réelles. Chacun de ces faits était incontestables; même si la populace bricolait souvent des versions plus ou moins exagérées, Strago avait des yeux un peu mieux informés que ceux du tavernier local (un bon conteur certes, mais pour qui la réalité est moins importante qu'une audience captivée).


De toute évidence, Miranda avait décidé d'être de l'aventure et, qui sait, peut-être s'approprier le butin. Il faudrait qu'il ait un œil sur cette petite. Peu importe comment tourneraient le voyage, Strago avait confiance de pouvoir en tirer quelque chose. En son fort intérieur, il lui souhaita bonne chance…

(À suivre...)

CHAPITRE III

A quelque distance de là, notre jeune Entreri trottait gaiement sur la route. Déjà quelques jours qu'il était parti, et il ne regrettait en rien cette balade qui promettait d'être passionnante. Il espérait seulement que son père ne s'offusquerait pas quand sa soeur, qui découvrirait sous peu la lettre qu'il avait laissée dans sa chambre, lui annoncerait la nouvelle de son départ. C'était une idée de Miranda.

Miranda... cela ne faisait pas deux semaines qu'il la connaissait, mais il aurait put la suivre n'importe où. Grande, les traits fins, elle l'avait séduite dès le premier regard. Il l'avait fréquenté en cachette depuis ce temps, pour l'attrait du secret plus que pour cacher quoi que ce soit à son père. Il prévoyait d'ailleurs la lui présenter très prochainement quand elle lui avait fait par de son désir ardent de partir à la suite d'Arthémis, le héros local.

Suivre Arthémis est une vieille blague au village. Plusieurs parents utilisent l'expression pour menacer leurs enfants turbulents; "Si tu ne fais pas ce que je te dis, je te mets en pension chez Arthémis!!". Paradoxalement, les plus vieux en font une preuve de courage; "Ce gars n'a peur de rien, Arthémis l'inviterait dans un de ses voyages que ça ne le troublerait pas!". Quant à Entreri, il y avait songé quelque fois. Le seul problème c'est que l'aventurier, autrement très sociable, ne manifestait jamais le moindre désir de compagnie lorsqu'il était question de l'une ou l'autre de ses excursions. À sa connaissance, personne n'était jamais parti avec Arthémis, pas plus qu'il n'avait ramené qui que ce soit de ses voyages.

Il n'était jamais venu à l'esprit d'Entreri de suivre Arthémis. Cette idée même éveillait à la fois les peurs profondes de son enfance et le sentiment très présent de ne pas avoir les qualités requises. Pourtant, lors de l'une de leurs promenades, Miranda énonça cette idée tout naturellement. Ah... cette femme! Une telle idée était bien digne d'elle! Quand il se trouvait à ses coté, Entreri se sentait à la fois le plus bas des bons à rien et le plus courageux héros que la terre ait portée! Lentement, il se laissa convaincre que l'aventure pourrait être amusante... et ce serait une bonne occasion de prouver sa valeur auprès de celle qui possède son coeur.

Quand les préparatifs de départ furent près, Entreri ne pu se résigner à avertir son père en personne. Il savait bien trop ce qu'il y risquait: un refus net et catégorique ! C'est donc le coeur un peu gros, mais la tête remplie de rêves qu'il écrivit sa lettre de départ puis, le pas de plus en plus légers, quitta le lieu qui l'a vu naître.

(À suivre...)